Le sentiment océanique
Le Pilori + Le Pavillon Grappelli
solo show – summer 2026 – NIORT
Exhibition pictures by the artist + ville de Niort

BRUNO GADENNE
Le sentiment océanique
04.07.2026 – 2.08.2026
Eté 2011 : Je descends l’Amazone péruvien depuis bientôt dix jours. Nous jetons l’ancre à la frontière colombienne, et je m’aventure dans la jungle pour lla première fois de ma vie.
C’est l’apogée de ma première aventure en solitaire, deux mois d’itinérance en Amérique du Sud depuis la côte atlantique de Buenos Aires jusqu’au bassin amazonien colombien, en passant par le plateau bolivien, longeant la côte pacifique péruvienne et remontant la Cordillère des Andes.
Je me retrouve plongé dans un monde sauvage, exotique, attrayant et effrayant à la fois pour mes yeux d’Européen. L’Amazonie, ses rivières, ses animaux, sa jungle !

Je ressenti pour la première fois de ma vie ce que certains ont appelé « sentiment océanique » : une
sorte d’épiphanie païenne face à la Nature, de communion avec l’Univers . Sensation d’éternité dans
le moment présent. Le sentiment de faire partie intégrante d’un grand Tout, à la fois raz-de-marée
sensoriel et émotionnel mais aussi sentiment d’être à sa juste place au sein de cet océan.
« C’est un sentiment très curieux. Tout à coup on a une vision étrange de la forêt, les arbres
paraissent plus proches, tout devient plus lumineux, c’est un raz de marée poétique et esthétique,
qui procure, disent ceux qui l’on vécu, un profond bonheur », Francis Hallé, botaniste.
Il s’agit ici d’un océan de verdure, de feuillages et de bruissements d’animaux, de vie et de
pourriture, d’insectes rampants sur terre et d’oiseaux dans les airs, d’eau omniprésente et de chaleur
tropicale.
J’ai voyagé depuis dans de nombreux pays (des îles cambodgiennes au coeur de Bornéo, des grottes
des Philippines aux plages de Java, des ruines Maya aux montagnes vietnamiennes…), avec cet
entêtement de retourner encore et encore au plus profond de la jungle, les rivières comme seules
routes d’accès, et d’y revivre cet instant de communion.
Ce sentiment océanique, je m’évertue depuis à tenter de le retrouver – peine perdue! – dans mon
travail de peinture. Une quête – inaccessible!- d’une certaine idée du sublime : une beauté traversée,
perverti par un élément étranger. Une lumière intrigante, surréaliste, parfois apocalyptique, nimbe la
plupart de mes tableaux. Une symétrique du paysage qui défit toute logique naturelle. Une nuit
épaisse faisant ressurgir des couleurs lumineuses. Certaines toiles sont habitées d’animaux dans leur
environnement naturel, que nous épions – ou bien serait-ce l’inverse ?
Je recherche cette inquiétante étrangeté, une sorte d’attraction-répulsion plus ou moins subtile,
comme une envie de s’enfoncer dans la jungle, dans le tableau, avec le risque de s’y égarer, de
perdre ses repères. Une ivresse des frondaisons, une quête de rejoindre la Source. Régulièrement, un
fleuve traverse la toile, des gouttes de pluie inondent le tableau, prêtent à nourrir les rivières, une
brume s’élève et enveloppe la scène d’une moiteur maladive et onirique à la fois. Telle la remontée
d’une rivière, ce sont ces recherches que je présente au Pilori, quittant les rives familières pour
s’enfoncer toujours plus en avant dans ce monde végétal, sombre et pourtant si lumineux. Et au
détour d’un méandre, découvrir un autre monde.

Mes voyages tropicaux m’ont également mené plus tard sous la surface des océans, au milieu des
coraux, poissons et mollusques, des formations rocheuses et des algues, des fonds sableux ou
vaseux, en eaux troubles ou limpides.
Nouvelle épiphanie, nouveaux sentiments d’excitation et de calme profond, d’admiration.
Contemplation de ces tableaux vivants dans laquelle le corps se meut en trois dimension. Mais
l’humain n’a pas réellement sa place sous l’eau : il doit rester à la surface ou user de subterfuges.
C’est un monde bleu, euphorique et asphyxiant, éternellement étranger pour nos poumons de
mammifères. C’est ce sentiment océanique renouvelé – qui porte cette fois-ci bien son nom ! – que
j’ai tenté d’aborder à travers une série de peintures de paysages de fonds marins, présentée au
Pavillon Grappelli. Ici, nul besoin de transformer les atmosphères colorées : ce ne serait que
surenchère d’un paysage d’ores et déjà étranger.
La jungle et ses rivières, d’une part ; l’océan et ses coraux, d’une autre. Deux faces d’une même
pièce : un monde sauvage naturel, loin du monde industriel de l’Homo sapiens. La tranche de cette
pièce ne s’avère finalement qu’être la surface des eaux, frontière matérielle et onirique à la fois. Des
paysages si différents et pourtant intimement liés : les pluies nourrissent les fleuves, les fleuves
abreuvent les mers, les mers s’envolent en nuages, les nuages tombent en gouttes. L’éternel cycle de
l’eau. Et la peinture comme compas.
LE PILORI + LE PAVILLON GRAPPELLI
1 place du Pilori 79000 Niort + 56 rue Saint-Jean79000Niort
